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CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE LA CÉRAMIQUE

15/11/2006 à 10:18
lucie
15/11/2006 à 10:18

Le terme céramique vient du grec kéramos = argile, terre à potier; mais ce terme a probablement une racine indo-européenne plus ancienne krm = brûler (cramer est un descendant, via le latin cremare, de ce radical !). C'est en effet la cuisson de l'argile qui fait la céramique.

La céramique est l'art de façonner l'argile et d'en fixer les formes par la cuisson.

La poterie est, de manière plus limitative, la confection de récipients (vulgairement, de pots) en céramique. Nous envisagerons ici essentiellement la poterie ; l'art céramique ne relevant pas de ce type de fabrication concerne les matériaux de construction (briques, tuiles, carreaux, tuyaux), certains objets utilitaires (lampes, pesons, disques à corder...) et les objets d'arts ou cultuels (statuaire, bas-reliefs...).

La poterie elle-même comporte plusieurs catégories de récipients si on les groupe selon leur fonction : domestique (culinaire - vaisselle), transport (amphore), stockage (jarre - dolium).

Les caractères généraux de la céramique sont les suivants:
elle est omniprésente à partir du Néolithique
elle est pratiquement indestructible mais non incassable: elle est au contraire très fragile et le document archéologique est la plupart du temps un fragment ou tesson.
elle est spécifique dans :
sa composition minéralogique
sa forme
son décor.

Ces caractères en font un excellent indicateur archéologique, le meilleur certainement pour la préhistoire récente, la protohistoire et l'histoire. C'est un fait reconnu de tous que, pour chaque période des temps antiques, la céramique constitue le meilleur et le plus sûr des chronomètres (J. DÉCHELETTE, 1904).


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On retiendra trois caractères physiques qui font la spécificité du matériau céramique :
réfractarité (on peut préférer caractère réfractaire) : aucune matière n'est définitivement réfractaire, la fusion est une question de température, mais quand il faut monter à plus de 1500 °C, on considère que l'on peut employer ce terme)
porosité : vides d'air entre les points d'adhérence de la matière avec nécessité dans beaucoup de cas de mettre un enduit pour étanchéifier si le contenu est liquide.
fragilité : ce qui ne présume pas de sa dureté, fragile étant antonyme de solide et non de dur...


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On notera, sur un autre plan, la difficulté de rester dans les généralités car la céramique présente une grande diversité selon les régions et les époques. Ce qui complique un exposé de céramologie est que les concepts, et le vocabulaire qui les exprime, sont souvent très flous malgré des efforts de normalisation.

Prenons un seul exemple, celui du mot tesson qui est, pour les archéologues, un fragment de poterie ; pour l'industrie céramique, c'est la pâte cuite considérée dans ses propriétés intrinsèques, indépendamment de sa forme : on peut ainsi distinguer les caractéristique du revêtement et celles du tesson (= support) ; les fragments sont appelés cassons .
Pour faire de la céramique, il faut deux composants: l'un matériel, la pâte et l'autre immatériel, la chaleur. Nous aborderons le second dans les techniques de fabrication (II. 4) et traiterons ici des composants matériels.
La pâte

La pâte n'est pas de l'argile, bien que ce soit son constituant essentiel : extrêmement répandu dans la nature, son nom commun, la terre, est devenu le nom de notre planète !

La pâte n'est pas non plus de la terre, ou terre glaise, vieux terme gaulois dont la graphie en ancien français était gloise, qui qualifie une terre grasse et compacte, argileuse, plastique et imperméable.

Ce n'est donc pas un matériau brut prélevé dans le sol mais un matériau élaboré, obtenu à partir de la terre par
élimination de certains éléments, minéraux ou végétaux. Cette épuration est pratiquée par séchage puis tamisage, et/ou par lévigation (= flottation)
adjonction d'éléments étrangers: dégraissant, colorant
pétrissage avec adjonction d'eau dite de façonnage (augmentant la plasticité de la pâte et son aptitude au modelage). Quelques données sur le constituant principal : l'argile est un silicate d'alumine hydraté, de composition chimique:
SiO2, Al2O3, H2O
+ Ca, Na, Mg, Fe... (impuretés jouant le rôle de fondant, c'est à dire de ciment).

C'est un phyllosilicate, formé par l'empilement de feuillets élémentaires de 7 à 15 angström d'épaisseur, eux-mêmes constitués de plusieurs couches tétraédriques ou octaédriques.

Selon l'épaisseur des feuillets (en Å=10-10 m), on peut distinguer trois grandes catégories utilisées par les céramistes :
07 Å: kaolinite (chinois gaoling) peu plastique mais très réfractaire (H2O = 14 %)
10 Å: groupe de l'illite, proche des micas, très plastique mais peu réfractaire(H2O = 7 à 10 %)
15 Å: groupe de la montmorillonite ou smectite, dite argile gonflante car leur structure lâche permet l'intercalation de nombreuses molécules d'eau (H2O = 10 à 25 %); c'est la terre à foulon, utilisée pour le dégraissage des peaux.

L'argile est incolore et sa teinte habituellement rouge ou rouge-brun est due à des impuretés à base d'oxyde de Fe, qui peuvent représenter jusqu'à 15 % du poids de l'argile. On trouve trois oxydes de Fe dans la nature:
goethite ou hydroxyde de fer ou ocre jaune: FeO OH à 180 °C 2 FeO OH -> Fe2O3 + H2O
magnétite ou oxyde de Fe noir avec 1 atome bivalent Fe3O4 à 400 °C Fe3O4 -> Fe2O3
hématite ou oligiste ou oxyde de Fe rouge Fe2O3 en ambiance réductrice (présence de CO) redonne de la magnétite.

Il existe des cas (Égypte, Mésopotamie et Perse dans l'Antiquité) où la céramique ne contient pratiquement pas d'argile et est constituée presque uniquement de silicate alcalin, carbonate, chaux. On parle de faïences siliceuses.


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Le dégraissant

Ensemble des matériaux non plastiques que l'on ajoute intentionnellement à l'argile dans un double but:
dégraisser, c'est à dire empêcher la pâte de coller aux mains (on dit d'une argile trop plastique qu'elle est trop grasse)
surtout éviter les fissurations (fentes de retrait) au moment du séchage et de la cuisson, en diminuant les tensions qui existent au sein de la pâte.

Le rôle du dégraissant est d'autant plus complexe qu'au cours de la cuisson, les argiles passent par des phases de viscosité diverse et que des phénomènes d'eutexie peuvent se produire.

L'utilisation de dégraissants provient de connaissances empiriques (certaines terres, dites terres franches, étant dégraissées naturellement) mais on le trouve systématiquement mis en oeuvre dès le Néolithique ancien (dégraissant coquillier).

Notons que dans 90 % des terres à modeler, il faut enlever et non ajouter les éléments de dégraissant. Cela se fait par décantation, le dégraissant se déposant en premier par suite de la taille de ses grains (loi de Stokes : vitesse = k.r2).

On peut classer les dégraissants selon leur origine: naturel (dans ce cas, on parle plutôt de fraction non plastique) ou ajouté mais il est parfois difficile de trancher (on peut se référer à un critère pétrographique, granulométrique, d'abondance avec seuil de 5 %...).

On peut classer les dégraissants selon leur nature:
Minéral : sable ou quartz broyé
calcite (qui a un rôle important dans la consolidation)
mica, feldspath, pyroxène, amiante (poterie onctueuse)
Les dégraissants minéraux sont très souvent des composants naturels de l'argile (ex: le mica se trouve dans certaines argiles de Tarraconaise et d'Andalousie...). Si le dégraissant n'est pas ajouté, on parlera d'argile siliceuse, d'argile calcaire (la marne des géologues)

Coquillier :
coquilles broyées
spicules d'éponges

Végétal:
paille hachée
son et balle des céréales
sciure

La cendre est un dégraissant très spécial, d'origine végétale mais minéralisé, qui évite la rupture des pièces (doit être employé à faible dose dans la pâte).

Il existe un dégraissant spécifique à l'art céramique, la chamotte, formée de tessons de récupération (sur sites archéologiques parfois, comme en Tunisie ou sur le fleuve Sénégal) finement broyés (on connaît des cas - Brésil - où il ne s'agit pas de récupération: l'argile est spécialement cuite puis broyée pour faire la chamotte) On peut enfin les classer selon leur devenir :
dégraissant indestructible (notion relative : la cuisson ne doit pas dépasser une certaine température)
dégraissant détruit par la cuisson (intérêt: augmenter la porosité).


TECHNIQUES DE FABRICATION DES POTERIES


Deux méthodes, utilisables conjointement, sont à l'origine de nos connaissances sur la fabrication des céramiques:
l'observation de l'artisanat traditionnel, encore pratiqué très largement dans le monde (très souvent par des femmes) ; ethnoarchéologie et céramologie font toujours bon ménage...
l'expérimentation, avec le concours de potiers professionnels. On distingue quatre phases successives: préparation de la pâte, de la forme, traitement des surfaces, cuisson. Disons d'entrée de jeu qu'un certain nombre de termes techniques ont des sens différents selon les auteurs...


La préparation de la pâte


Le premier temps de toute fabrication est la préparation de la pâte. On distingue plusieurs phases :

épuration souvent par décantation dans un bassin spécial. Dans l'Antiquité, on a parfois utilisé la terre décantée selon sa position dans la cuve de décantation, la plus grossière, au dessous, servant à la grosse céramique (amphores) et la plus fine, au dessus, servant aux petits objets moulés (lampes à huile).

dégraissage voir les composants

mouillage : contrairement à ce qu'on peut croire, il faut peu d'eau et les ateliers de potiers n'en sont pas gros consommateurs (c'est l'épuration, qui se fait sur les lieux d'extraction, qui peut être exigeante en eau).

On distingue, selon le pourcentage d'eau de façonnage incorporé (à ne pas confondre avec l'eau de constitution des argiles), des pâtes plus ou moins molles avec, comme bornes, la pâte humectée (env. 10 % d'eau) et la barbotine (env. 50 % d'eau). La barbotine ne peut être façonnée - sauf dans le cas du coulage - mais on l'utilise comme revêtement de surface (engobe) ou comme colle pour fixer anses, pieds, motifs en applique etc.

pétrissage pour la rendre homogène et battage ou martelage pour éliminer les bulles d'air ; quand on doit disposer de grandes quantités, on utilise le marchage (on peut dire aussi piétinement) qui est le pétrissage avec les pieds.

repos : une pâte tracassée, c'est à dire qui n'aura eu le temps de se reposer, aura une mémoire (= élasticité) qui la fera se déformer lors du séchage ; le repos est parfois appelé pourrissage, et le bassin dans lequel il s'effectue un pourrissoir. Les pourissoirs sont souvent de véritables caves creusées dans le sol et voûtées, à atmosphère fraîche et humide. Dans certains ateliers, c'est dans l'angle de la grande salle que l'on conserve de grandes quantités d'argile. Le temps de pourissage est très variable, et peut aller de quelques jours pour les techniques primitives (potières de Tunisie p. ex.) à plusieurs mois (six en moyenne). Pour les potiers égyptiens, plus une pâte pourrit, plus elle est bonne !
techniques de préparation de la forme, ou de façonnage, sont variées, et certaines peuvent être employées successivement, voir concomitamment pour façonner les différentes parties de la poterie.
Nous allons passer en revue les procédés traditionnels, artisanaux, donc ceux qui intéressent l'archéologue ; l'époque moderne connaît de nouveaux procédés industriels, appliqués sur des matériaux qui n'ont souvent plus rien à voir avec la pâte argileuse classique : ce sont le pressage, le calibrage, le filage (extrusion sous pression d'un profilé constant) le coulage (terme également utilisé par les archéologues pour désigner une variante du moulage).
Ces procédés sont au nombre de cinq: modelage, montage au colombin, martelage, moulage et tournage.
Ils ne mettent en jeu, à l'exception du dernier, que des outils élémentaires et parfois aucun outil : la poterie est un art essentiellement manuel et qui se pratique à main nue. L'instrument le plus ordinaire du potier est une sorte de palette appelée estèque : outil en métal ou en bois (on pourrait ajouter: os et coquille) que les tourneurs utilisent pour ébaucher une céramique et dont la forme est calquée sur le profil intérieur ou extérieur de la pièce qu'ils désirent obtenir (Larousse).
Cette définition assimile l'estèque à un calibre ou gabarit, ce qu'elle n'est pas nécessairement. Disons qu'une estèque, à la forme éminemment variable, sert par sa tranche alors qu'un lissoir sert par sa surface (en pratique, le potier ne fait guère la différence).
L'observation et l'expérimentation suggèrent que les potiers ont toujours eu besoin d'une petite pièce souple (en cuir ou tissus) pour lisser le bord de leur vase. Celle-ci ne se conserve pas ou - dans le cas contraire (palafitte) - sera difficilement identifiable. Nous n'avons pu connaître le nom que lui donnent les potiers d'aujourd'hui.


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Modelage
C'est la technique la plus ancienne, la plus simple aussi, qui est la suite logique du pétrissage.


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Montage au colombin
Il s'agit d'une forme élaborée du modelage, où l'on a pu voir une influence de la vannerie (à moins que ce ne soit le contraire ?). Elle est pratiquée dès le "Néolithique à vaisselle blanche", en fait pré-céramique, du Proche-Orient.
Par apports successifs de colombins (boudins roulés à la main), la forme du vase est créée; un lissage à la main, ou mieux à l' estèque, permet la fusion des bourrelets et l'obtention de surfaces régulières. Les colombins sont soit superposés (montage annulaire) soit enroulés en spirale (montage hélicoïdal)


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Tamponnage
Une enclume arrondie, souvent un galet plat, est tenue à la main contre la paroi interne du vase, et la paroi externe est frappée à petits coups avec une masse (battoir) qui peut être un autre galet. Le terme de martelage, parfois employé pour cette opération, doit être réservé à une forme de pétrissage, où le battoir est souvent une planche de bois. Cette technique permet d'obtenir des parois minces et résistantes.


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Moulage
S'obtient par le placage d'une galette sur
une forme en creux (moule femelle ou externe)
une forme en ronde-bosse (moule mâle ou interne).
Il est rare que les deux moules soient utilisés simultanément.
Le fond des vases, surtout ceux de grandes dimensions (jarres) a souvent été façonné par moulage, en utilisant le fond d'un vase cassé.
Le surmoulage consiste à obtenir un moule en utilisant une pièce déjà fabriquée dont on prend l'empreinte. C'est une copie et - souvent - une contrefaçon. Par ex. les potiers de Sallèle d'Aude surmoulaient les lampes à huile romaines.
Une variante du moulage est le coulage, où l'on introduit une barbotine dans un moule en plâtre : l'excès d'eau est absorbé par le plâtre et l'argile se dépose sur les parois, qui peuvent être finement sculptées.


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Tournage
C'est le procédé le plus élaboré, inventé au Proche-Orient vers 3 500 BC, mais connu en Europe occidentale seulement vers la fin du Ier Age du Fer (V° s. BC).
Probablement né de la tournette, petite pièce en céramique ou en bois, en forme de coupe aplatie, posée sur une surface lisse et glissante, sur laquelle on pose la motte de pâte ou pâton: le potier peut, par rotation de la tournette, mettre face à lui toutes les parties du vase sans se déplacer. Pour certains auteurs, la tournette serait un tour sans système de propulsion car il existe des tournettes sur axe.
Dans le tour de potier, la tournette devient une girelle, fixée à la partie supérieure d'un axe vertical mis en rotation par un moyen mécanique quelconque, et régulé par un volant d'inertie. La vitesse minimale de rotation est de deux tours/seconde, soit 120 t/min. Avant la motorisation, on a utilisé le pied (système traditionnel en Occident) ou le bâton (tour dit indien).
Le tournage donne une forme brute ou ébauche. Le terme de tournassage est en principe réservé à la rectification, par grattage circulaire, de cette ébauche séchée ou ressuée (le ressuage est le séchage partiel). L'outil utilisé, lame tranchante fixée à un petit manche, est nommé tournassin. Le tournassage est donc un procédé de finition.
La distinction entre poterie tournée et non tournée n'est pas toujours évidente. On se base en général sur les stries (souvent plus apparentes à l'intérieur du récipient qu'à l'extérieur), sur le degré de symétrie axiale de la pièce (sous réserve de l'absence de déformation au séchage ou à la cuisson) et surtout sur la constance de l'épaisseur à une même hauteur.


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A part la technique du moulage, qui - quand elle est mise en oeuvre - ne concerne en général qu'une partie du récipient, les autres modes de façonnage donnent des produits uniques; mais l'habileté des potiers peut être telle que ces produits, fabriqués à la suite les uns des autres, ont des paramètres morphologiques (dimensions, poids) quasiment constants.
Certaines fabrications combinent plusieurs procédés mis en oeuvre successivement ou même simultanément: par exemple la Sigillée est obtenue par tournage + moulage (tournage dans moule)



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